Animer une heure de vie en classe

De Véronique GUERIN, psychosociologue, auteure du livre “ A quoi sert l’autorité ? S’affirmer, respecter, coopérer ” Editions Chronique Sociale, 2001

L’heure de vie de classe a été instituée en 1999 pour permettre un temps régulier environ 10 heures par an) d’échanges  au sein du groupe-classe. Ces échanges peuvent concerner la vie de classe elle-même (les projets, le climat, les conflits…) ou aborder également des sujets de société plus généraux. Ce temps est animé en général par le professeur principal, mais d’autres enseignants ou des personnes extérieures peuvent également être sollicités pour intervenir.
L’idée de créer ce temps d’échanges constitue une avancée importante dans la reconnaissance de la classe comme un groupe qui a une dynamique et une vie qui lui sont propres. Et effectivement, des études  montrent que l’état des relations entre les élèves peuvent  favoriser ou freiner les apprentissages de chacun. Ces temps de régulations sont donc essentiels pour favoriser un climat serein. Ils permettent que puissent s’exprimer les désirs ou les frustrations et se régler les différends et les tensions.
La difficulté principale réside dans le mot « Animer » qui implique une posture peu familière aux enseignants et qui ne fait pas encore partie de leur formation initiale. Ceux-ci sont habitués à transmettre et à évaluer des savoirs alors que, dans l’heure de vie de classe, il s’agit de favoriser et de canaliser l’expression de points de vue et de ressentis d’élèves et d’encourager la recherche d’éventuelles solutions. Il ne s’agit pas que l’enseignant devienne assistant social ou psychologue mais simplement qu’il prenne régulièrement le pouls de la classe comme cela se fait dans la majorité des formations pour adultes afin de guider et d’accompagner le groupe.
Pour « réussir » l’heure de vie de classe, l’enseignant doit être capable de tenir un cadre sécurisant tout en encourageant l’expression de chacun : un équilibre de funambule qui demande fermeté et réceptivité. Il lui faut, pour cela, suivre certaines règles essentielles (disposition des élèves en cercle, règles de parole, bâton de parole, reformulation…) qui sont présentées de façon très claire sur le site du Centre National de Documentation Pédagogique . Cette animation est un réel apprentissage qui nécessite, sous peine de démotivation, un minimum de formation et d’accompagnement. La possibilité de faire venir des intervenants extérieurs est aussi une belle opportunité de sortir les enseignants de leur isolement dans certaines classes « difficiles ». Ils peuvent être soutenus par des personnes expérimentées dans l’animation de groupes, s’inspirer de leur expérience pour travailler avec leur classe et partager leurs questions et difficultés.
Au-delà de ce moment ponctuel, l’animation de l’heure de vie de classe est une réelle opportunité pour les enseignants de développer de nouvelles compétences pédagogiques et relationnelles. En associant apprentissage et socialisation, la transmission des savoirs s’inscrit alors dans un groupe-classe plus sécurisant et vivant. Ce groupe que les enseignants vivent encore souvent aujourd’hui comme une contrainte avec laquelle ils se débattent devient progressivement une ressource et un soutien pour aider chaque élève à mieux comprendre monde, les autres et lui-même.

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